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Biography

Sensualité abstraite

  • Nicolas Dubreuille ou l’art de la dissimulation

L’artiste Nicolas Dubreuille ne cesse de nous surprendre. Jusqu’à présent, la frontière entre abstraction et figuration, deux formes d’expression considérées initialement comme antagonistes, était respectée dans sa peinture. Les temps ont changé. En effet,  en quête d’un équilibre entre géométrie et sensualité, l’artiste a réalisé une série de photographies où l’on voit un modèle féminin posant nu et quasi absorbé par la toile devant laquelle il se tient. L’image ainsi présentée est le fruit d’un procédé qui requiert de l’adresse et de la patience : il s’agit de repeindre sur le corps du modèle la même composition que celle cachée, de sorte qu’il n’y pas une impression d’interruption mais celle d’une totale continuité visuelle. Le résultat final est fixé par une photographie prise par l’artiste qui correspond à l’œuvre d’art. À l’ère du numérique, où tout type de photomontage est possible, Nicolas Dubreuille a choisi de ne pas tricher. Le corps n’est plus représenté, il devient lui-même le support de la peinture. Désormais, il n’y a visuellement plus de distinction entre la figure et la toile, le fond et la forme : affranchi de toute représentation, le corps géométrisé, se confond avec la matière pictural, il est comme en totale immersion. Le peintre s’empare de son modèle qui se fond dans la composition abstraite. Par cet usage artistique du corps féminin, Nicolas Dubreuille cherche à réconcilier « la géométrie anguleuse et masculine » avec « les courbes et la sensualité féminine », comme il l’explique. Moins que de voir donc une négation de l’identité du modèle dans ce phagocytage visuel, ce travail exprime pour l’artiste la recherche d’un équilibre, d’une symbiose entre des notions complémentaires et opposées. La démarche de Nicolas Dubreuille, mêlant peinture, body art et photographie, gagne ici en complexité et multiplie les références : le langage de la géométrie renvoie aux pionniers de l’abstraction, la relation au corps féminin évoque les Anthropométries de Klein, et le principe du corps caméléon rappelle les performances de Liu Bolin. Faisant fi des catégories traditionnellement admises, Nicolas Dubreuille élargit ainsi son champ d’action et, tout en manipulant des notions antagonistes telles que le visible et l’invisible, la figuration et l’abstraction, le charnel et l’immatériel, il nous invite à réfléchir au caractère illusoire de toute représentation.

Domitille d’Orgeval (Critique d’art)